Nous voici au lendemain de ce 29 avril 2012, qui aurait dû être, avant les événements des dernières semaines, celui du premier tour des élections présidentielles au Mali. Le processus électoral ayant été annulé, l'accord-cadre du 6 avril signé entre la CEDEAO et la junte, mettant en place un retour à la légitimité institutionnelle pouvait faire espérer un relatif apaisement. Ce n'est pas si simple.
Le point sur la crise institutionnelle
- depuis le 17 avril, c'est-à-dire depuis la nomination au poste de premier ministre de Cheikh Modibo Diarra, le choix de cet ancien astrophysicien de la NASA, par ailleurs ex-patron de Mocrosoft Afrique et connu de la communauté internationale, ne fait pas l'unanimité : gendre de Moussa Traoré, il porte pour un certain nombre de Maliens le spectre de l'ancien dictateur. (22-26 mars, où en est-on au Mali ? ) Sa mission : former un gouvernement d'union nationale et s'attaquer en priorité à la crise du Nord.
- le 25 avril, la formation du nouveau gouvernement est annoncée. Il s'agit d'un gouvernement de mission, constitué de technocrates et de militaires. La junte reçoit les trois ministères chargés de la sécurité, les autres membres du gouvernement sont dits avoir été choisis sur la base de leurs compétences. Même si la situation de crise appelle à mettre de côté les considérations partisanes, beaucoup sont des proches ou des sympathisants de l'ancien régime Traoré, aucun des membres du gouvernement d' ATT ou du gouvernement précédent de Konaré n'a été rappelé. Les partis politiques et la société civile en sont exclus et plusieurs jugent que l'accord-cadre stipulant "un gouvernement d'union nationale" n'est pas respecté.
-le 26 avril, un sommet extraordinaire de la CEDEAO se tient à Abidjan. Des décisions sont prises unilatéralement, avec un coup de semonce vis-à-vis de la junte :
- les 10 présidents présents signent un communiqué sommant les putschistes de retourner dans leurs casernes.
- la période de transition est fixée à 12 mois, avec élections présidentielles et législatives en 2013.
- le président intérimaire Dioncounda Traoré est déjà désigné comme futur président de la transition, alors que son premier mandat devait prendre fin au bout de 40 jours.
- une force militaire sous-régionale est dépêchée à Bamako pour sécuriser la transition.
- le 30 avril, une semaine cruciale s'annonce : puisque la convention nationale prévue par l'accord-cadre pour préparer la transition n'a pas été réunie, beaucoup se sentent humiliés. Les réactions vont du regret pour les plus modérés à la colère pour les autres . Cette mort de l'accord-cadre remet sous tension les rapports de force entre le CNRDRE ( le parti de la junte) et la CEDEAO. Mais personne n'a les mains libres :
la CEDEAO est sous la pression relativement impatiente des USA, de l'UE et de l'ONU, qui seront ses bailleurs de fonds s'il fallait intervenir pour la libération du Nord Mali. Elle veille aussi à l'équilibre de toute la sous-région, qu'elle ne souhaite pas voir se déstabiliser. (Coup d'état du 12 avril en Guinée-Bissau)
Amadou Sanogo, lui, a des "engagements" vis-à-vis de ses troupes et bénéficie de soutiens de la part des maliens meurtris à l'idée de voir débarquer sur le sol national des forces étrangères. Il contrôle l'aéroport de Bamako, le siège de l'ORTM (médias), et la garde de l'actuelle présidence.
-en cas de divorce entre le CNRDRE et la CEDEAO, le Mali risquera- t-il, pour la deuxième fois en un mois, l'embargo, la fermeture des frontières, l'asphyxie économique, au risque d'une faillite interne, d'émeutes de la faim, et d'une impossibilité de reconquérir le Nord ?
Synthèse réalisée à partir des sites du Monde, de Maliweb et Jeune Afrique.
Dans le même temps, l'actualité au Nord Mali reste complexe, et la crise humanitaire s'aggrave. La tension monte avec
l'Algérie, dont la vie des otages est menacée, et qui vient de lancer une attaque aérienne sur un convoi islamiste faisant probablement une vingtaine de morts. Les habitants de Tombouctou se
disent abandonnés. La propagande pour rejoindre les rangs des groupes combattants bat son plein, la guerre est en train de devenir le seul moyen, pour les jeunes gens, de gagner de quoi nourrir
leurs familles,....