Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 15:26

Nous voici au lendemain de ce 29 avril 2012, qui aurait dû être, avant les événements des dernières semaines, celui du premier tour des élections présidentielles au Mali. Le processus électoral ayant été annulé, l'accord-cadre du 6 avril signé entre la CEDEAO et la junte, mettant en place un retour à la légitimité institutionnelle  pouvait faire espérer un relatif apaisement. Ce n'est pas si simple.

 

Le point sur la crise institutionnelle

 

- depuis le 17 avril, c'est-à-dire depuis la nomination au poste de premier ministre de Cheikh Modibo Diarra, le choix de cet ancien astrophysicien de la NASA, par ailleurs ex-patron de Mocrosoft Afrique et connu de la communauté internationale, ne fait pas l'unanimité : gendre de Moussa Traoré, il porte pour un certain nombre de Maliens le spectre de l'ancien dictateur.  (22-26 mars, où en est-on au Mali ? ) Sa mission : former un gouvernement d'union nationale et s'attaquer en priorité à la crise du Nord.

 

- le 25 avril, la formation du nouveau gouvernement est annoncée. Il s'agit d'un gouvernement de mission, constitué de technocrates et de militaires. La junte reçoit les trois ministères chargés de la sécurité, les autres membres du gouvernement sont dits avoir été choisis sur la base de leurs compétences.  Même si la situation de crise appelle à mettre de côté les considérations partisanes, beaucoup sont des proches ou des sympathisants de l'ancien régime Traoré, aucun des membres du gouvernement d' ATT ou du gouvernement précédent de Konaré n'a été rappelé. Les partis politiques et la société civile en sont exclus et plusieurs jugent que l'accord-cadre stipulant "un gouvernement d'union nationale" n'est pas respecté.

 

-le 26 avril, un sommet extraordinaire de la CEDEAO se tient à Abidjan. Des décisions sont prises unilatéralement, avec un coup de semonce vis-à-vis de la junte :

  • les 10 présidents présents signent un communiqué sommant les putschistes de retourner dans leurs casernes.
  • la période de transition est fixée à 12 mois, avec élections présidentielles et législatives en 2013.
  • le président intérimaire Dioncounda Traoré est déjà désigné comme futur président de la transition, alors que son premier mandat devait prendre fin au bout de 40 jours.
  • une force militaire sous-régionale est dépêchée à Bamako pour sécuriser la transition.

 

- le 30 avril, une semaine cruciale s'annonce : puisque la convention nationale prévue par l'accord-cadre pour préparer la transition n'a pas été réunie, beaucoup se sentent humiliés. Les réactions vont du regret pour les plus modérés à la colère pour les autres . Cette mort de l'accord-cadre remet sous tension les rapports de force entre le CNRDRE ( le parti de la junte) et la CEDEAO. Mais personne n'a les mains libres :

la CEDEAO est sous la pression relativement impatiente des USA, de l'UE et de l'ONU, qui seront ses bailleurs de fonds s'il fallait intervenir pour la libération du Nord Mali. Elle veille aussi à l'équilibre de toute la sous-région, qu'elle ne souhaite pas voir se déstabiliser. (Coup d'état du 12 avril en Guinée-Bissau)  

Amadou Sanogo, lui, a des "engagements" vis-à-vis de ses troupes et  bénéficie de soutiens de la part des maliens meurtris à l'idée de voir débarquer sur le sol national des forces étrangères. Il contrôle l'aéroport de Bamako, le siège de l'ORTM (médias), et la garde de l'actuelle présidence.

 

-en cas de divorce entre le CNRDRE et la CEDEAO, le Mali risquera- t-il, pour la deuxième fois en un mois, l'embargo, la fermeture des frontières, l'asphyxie économique, au risque d'une faillite interne, d'émeutes de la faim, et d'une impossibilité de reconquérir le Nord ?

 

Synthèse réalisée à partir des sites du Monde, de Maliweb et Jeune Afrique.

 

Dans le même temps, l'actualité au Nord Mali reste complexe, et la crise humanitaire s'aggrave. La tension monte avec l'Algérie, dont la vie des otages est menacée, et qui vient de lancer une attaque aérienne sur un convoi islamiste faisant probablement une vingtaine de morts. Les habitants de Tombouctou se disent abandonnés. La propagande pour rejoindre les rangs des groupes combattants bat son plein, la guerre est en train de devenir le seul moyen, pour les jeunes gens, de gagner de quoi nourrir leurs familles,....

 

 

 

 

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Mardi 17 avril 2012 2 17 /04 /Avr /2012 19:20

Nos villages partenaires au Mali

Tout d'abord, des messages rassurants venant de notre Fédération Ensemble : concernant nos projets et nos amis au Mali, les choses vont bien. Pas de perturbations majeures en pays dogon, et le travail dans les villages continue. La capitale Bamako, où sont actuellement nos permanents maliens, a relativement vite retrouvé son calme. Aba et Issaka peuvent y travailler normalement.

Concernant Saadou, que l'association Drapeau Blanc connaît bien, il a pu quitter Tombouctou et mettre, depuis hier, sa famille à l'abri à Bamako.

Les autres amis que nous avons nous rassurent aussi : ils sont confiants dans la capacité du Mali à résoudre le conflit. Leurs familles vont bien.

 

Maintenant, si vous voulez en savoir plus sur la situation au Mali, vous pouvez prendre quelques minutes :

Retour sur la dernière quinzaine 

- Jeudi 5 et vendredi 6 avril : après la conquête des trois régions du Nord, le MNLA a déclaré unilatéralement l'Indépendance de l'Azawad, et donc la partition du Mali en deux. Presque aussitôt, à Tombouctou, le drapeau du MNLA a été brûlé par les combattants islamistes d'Ansar Dine et remplacé par le drapeau noir. Pour les islamistes, les combats n'ont pas pour objectif  l'Indépendance du Nord, mais l'instauration de la charia sur l'ensemble du Mali.Cette situation troublée et violente a engendré exactions diverses, saccages, vols, incendies..

Ansar Dine, avec l'appui d'AQMI, pourrait bien être plus puissant que le MNLA.  Son chef a imposé l'application immédiate de la loi islamique à Tombouctou.

 

- Dans les mêmes heures,le Consul d'Algérie et  six de ses collaborateurs ont été enlevés à Gao. L'Algérie, limitrophe, qui coordonne à Tamanrasset, la lutte antiterroriste des Etats du Sahel,  est tout particulièrement visée par AQMI. Après dix années noires de guerre civile  sur son propre sol, dans les années 90, l'Algérie sait ce que coûte la lutte contre le terrorisme. Elle refuse la négociation des otages, vue comme une poulie qui ne fait que renforcer et enrichir les criminels. Ses diplomates le savent très bien.

 

Toute la sous-région est donc sous l'onde de choc depuis trois semaines, et  particulièrement les pays voisins que sont la Mauritanie, l'Algérie, le Niger, et le Burkina Faso.

 

Il faut trouver un plan de sortie de crise acceptable pour tous, sur les deux fronts majeurs que sont la crise institutionnelle au Mali et la crise sécuritaire au Nord.

 

La crise institutionnelle : il y a urgence d'un gouvernement légitime à Bamako.

 - depuis le 8 avril, un certain processus politique est revenu au Mali. ATT a démissionné, le chef de la junte a cédé  le pouvoir, les institutions et la constitution ont été  rétablies. Sous la médiation du Burkina Faso, un accord- cadre a été conclu entre la junte d'Amadou Sanogo et les pays africains de la CEDEAO, l'embargo a été levé. L'ancien président de l'Assemblée nationale, Dioncoundé Traoré a été nommé Président par interim. Mais il est sans pouvoir réel.

- depuis le 13 avril, les consultations s'organisent pour la désignation du premier ministre par consensus, et la formation d'un nouveau gouvernement. Une réunion des forces vives du Mali s'est tenue à Ouagadougou ce week-end, rassemblant le CNRDRE (le parti de l'ex-junte), des leaders religieux, la société civile, les partis politiques. Tous se sont parlé. Dans la masse des problèmes abordés, la priorité absolue a été donnée à la question humanitaire du Nord.

 

La crise sécuritaire : il y a nécessité de prudence dans les décisions, face au risque d'un état terroriste au Sahel. Rien n'est simple.

Les forces en présence :

- le MNLA  : le mouvement de la rebellion touareg regroupe des composantes multiples : les anciens militants de la cause indépendantiste, déjà partie prenante dans les rebellions antérieures, les récents "revenants de Lybie", -Mouammar Kadhafi s' était présenté à eux comme le guide naturel de cette indépendance revendiquée et l'avait promise à ses mercenaires-, touaregs auxquels se sont agrégés des groupes aux nationalités plus ou moins identifiées, et des bandes armées relevant plutôt de la criminalité pure et simple.

La grande pauvreté et la non prise en compte des problèmes de cet immense territoire du Mali explique en large partie la rebellion, que ne soutiennent ni les Touaregs algériens, ni les Touaregs nigériens.

Avec la déclaration d'Indépendance, le MNLA a annoncé la fin de ses opérations miltaires. Aujourd'hui, le mouvement redoute l'amalgame avec AQMI.  Il  pourrait rentrer en conflit avec les groupes armés islamistes qui l'ont aidé dans les débuts.Quels sont ces groupes ?

-la galaxie AQMI  avec son sanctuaire dans l'Adrar des Iforas ( au Nord-Est du Mali)  : les trois grands émirs d'AQMI, Abou Zeid, le commanditaire de la prise des otages d' AREVA à Arlit au Niger, en 2010, Mokhtar Belmokhtar, et Yayha Abou Al-Hamman, sont là : ils ont été vus à Tombouctou pendant cette grande semaine de troubles.

-les mouvements djihadistes : d'une part, Ansar Dine ( aussi écrit Ançar Eddine ) avec son chef  Iyad Al Ghali, d'autre part le MUJAO (le Mouvement pour l'Unicité et le Djihad en Afrique de l'Ouest) composé de  Maliens et de Mauritaniens, ayant leur implantation à l'opposé, au Nord-Ouest du Mali. Le MUJAO participe aux prises d'otages, ils pourraient en détenir.

- Boko Haram : le 10 avril,  une centaine de combattants de Boko Haram avaient rejoint Gao, faisant la liaison avec AQMI : Boko Haram est une secte terroriste apparue au Nigéria il y a quelques années et qui a déjà des émules au Niger : ses membres sont familiers des attentats, en particulier contre les églises lors des grandes fêtes religieuses ( cette fois 45 morts au Nigéria le dimanche de Pâques, sans compter les blessés).

La situation est donc explosive, la région est une poudrière.

On ne peut jamais savoir combien sont ces combattants : en dehors des katibas (brigades de combattants permanents), des combattants temporaires sont sans cesse recrutés : ainsi Ansar Dine, mesuré à quelques dizaines de membres au début des troubles, est évalué aujourd'hui à plusieurs centaines de combattants. 

Les alliances et les rivalités entre ces groupes armés ne sont pas claires, l'identification de leurs chefs respectifs ou de leurs représentants n'est pas toujours facile.

 

Les autorités de transition, entre négociation et intervention :

- intervention armée ? aujourd'hui il est hors de question que des forces occidentales ou françaises se déploient au nord du Mali. Des voix maliennes viennent de s'élever aussi pour refuser l'intervention des forces armées africaines extérieures (2000 à 3000 hommes), intervention envisagée par la CEDEAO début avril. Le Mali ne demanderait qu'une aide en matériel et en équipement (l'armée est très démunie), et un soutien pour la sécurisation des territoires reconquis. Mais l'armée malienne a aussi à se restructurer rapidement, après le seïsme qu'elle a connue. Est-ce que ce sera possible à temps?

- négociations ? des négociations viennent de s'engager à Nouakchott, entre les Touaregs et les autorités maliennes de transition.

- Ançar Eddine se dit prêt aussi au dialogue, mais entre musulmans uniquement.

 

 

Conséquence inévitable : la crise humanitaire au Nord Sahel

-une population meurtrie : saccages, pillages de locaux (bâtiments publics, hôpitaux, entrepôts d'ONG internationales), exactions, viols et massacres.

-des milliers de réfugiés dans les pays limitrophes.

-rien pour contrecarrer la crise alimentaire annoncée depuis décembre.

-tarissement total des ressources du tourisme, seul apport de devises légales

-inévitable prolifération des trafics lucratifs, d' essence, armes, drogue, et otages. Béatrice,  la dernière femme occidentale restée à Tombouctou, une humanitaire suisse de 40 ans, vient d'être enlevée ce week-end. Plusieurs autres occidentaux avaient frisé l'enlèvement par AQMI, Ansar Dine ou le MUJAO, et ont été sauvés de justesse par le MNLA qui les a exfiltrés vers Bamako ou vers l'Algérie (Les Touaregs sont les seuls à pouvoir conduire tous feux éteints dans le désert...)

-des voix s'élèvent pour un plan Marshall international de développement dans cette région, aujourd'hui inaccessible aux observateurs.

 

Le Nord-Mali, un problème grave, profond, complexe, qui, dans un monde où tout est lié, nous concerne forcément.

 

 Synthèse réalisée à partir des sites du Monde, Jeune Afrique, Maliweb et du blog de Jean Philippe Rémy, Africa Nova.

 

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Mardi 3 avril 2012 2 03 /04 /Avr /2012 18:03

Depuis deux semaines et demi, c'est-à-dire depuis le putsch du 22 Mars, le Mali vit une crise politique majeure, qui suscite inquiétudes et incertitudes sur l'issue des événements.

 

Kidal, Gao et Tombouctou 

carte mali

 

Sur les huit régions administratives que compte le Mali, les trois régions sahariennes du Nord, celles de Kidal, de Gao et de Tombouctou viennent de "tomber" en quelques jours. La rebellion Touareg, qui a engagé la guerre le 17 Janvier dernier pour la "reconquête" de l'Azawad, n'est pas seule sur le terrain. A ses côtés combattent, mais avec d'autres intérêts et d'autres perspectives, AQMI, dont le coeur des positions se trouve dans l'Adrar des Ifoghas ( massif montagneux du Nord-Est, au relief complexe, qui s'étend de Tessalit à Kidal) où sont probablement détenus leurs otages occidentaux, et Ansar Dine, branche djihadiste ( islamisme fondamentaliste ) qui veut instaurer la charia sur le territoire malien. Après la prise de Tombouctou hier par les rebelles du MNLA, Ansar Dine les a délogés, brûlé leur drapeau, et promulgué la charia.

 

tombouctou

  Tombouctou, ville mythique, la ville des "333 Saints", "la perle du désert", inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO pour la richesse de son patrimoine, détentrice de milliers de précieux manuscrits, représente une victoire éminemment symbolique pour ses conquérants.

Malgré les tensions déjà vives au début de l'année, le Festival au Désert de Janvier y avait été maintenu (voir notre article Festival au désert, échos de la 12ème édition ). Une manifestation artistique aujourd' hui inimaginable.

 

 

L'armée loyaliste malienne se replie sur Mopti, et commence à migrer collectivement vers Bamako.

 

La junte au pouvoir depuis le 22 mars ne contrôle plus la situation. Elle n'est pas fortement soutenue à Bamako, même si les raisons du putsch ont pu être comprises. La junte a été condamnée par l'ensemble des organisations internationales. Sous la pression d'un embargo total décidé par les pays de la CEDEAO et suite aux négociations avec le diplomate burkinabé, Djibril Bassolé ( ministre des Affraires étrangères du Burkina Faso), elle a accepté ce week-end de rétablir la constitution et les institutions dissoutes mais le capitaine Amadou Sanogo, chef de la junte, entend lui-même assurer la transition jusqu'à l'élection d'un  nouveau gouvernement civil.

 

Lundi à Dakar, devant le refus d'Amadou Sanogo de céder le pouvoir, les chefs d'Etats de la CEDEAO ont décidé l'embargo. Décision gravissime, puisqu'elle comporte un risque d'asphyxie pour le pays. Cette décision peut s'expliquer, entre autres raisons, par la volonté des chefs d'Etats de la sous-région d'éviter dans leurs propres pays une éventuelle contagion de la rebellion et des exactions terroristes. Toute la zone est en effet fragilisée, en particulier le Niger et le Nigéria peut-être plus que d'autres avec l'extension de la secte Boko Haram. (Nombreux massacres de chrétiens dans le Nord du Nigéria). 

 

Une force militaire conjointe des pays de la CEDEAO est prête à intervenir.

L'ONU pourrait prendre la décision d'envoyer au Mali des casques bleus.

 

La France se rangera aux demandes formulées par la CEDEAO.

 

Rappel : le Mali, trois fois grand comme la France,  est l'un des pays les plus pauvres de la planète. Il est enclavé en zone désertique et semi désertique pour la plus grande partie de son territoire. Le risque de famine y est cette année particulièrement menaçant, comme pour tous les pays du Sahel. (voir notre article Une émission à podcaster...qui nous conforte dans nos projets ! ). 90 % de la population vit le long du fleuve Niger et dans la partie sud du pays. Dans le Nord, revendiqué par les Touaregs, vivent aussi des Peuls, des Songhaïs, des Toubous, des Haoussas...Le Mali est frontalier des 7 pays suivants : l'Algérie, la Mauritanie, le Sénégal, la Guinée Conakry, la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, et le Niger.

 

Sans doute la situation aura-t-elle encore évolué quand vous prendrez connaissance de cette page. Notre intention n'est pas d'abord d'être à jour des événements. Elle est de vous aider à mieux lire et mieux comprendre l'actualité de ce Mali qui nous est cher. Nous ne prétendons pas à autre chose que de nous soucier de nos amis maliens de là-bas et d' ici, de penser à eux et de les accompagner de notre espérance.

 

Si vous le jugez utile, invitez vos amis à s'inscrire à ce blog (inscription dans le cadre à droite), ils seront comme vous directement informés de nos nouvelles pages.

 

 

 

 

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Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 22:28

Ce n'est pas une date au hasard qu'ont choisie les putschistes du coup d'état à Bamako le 22 Mars. 

 

Le 22 Mars 1991, Moussa Traoré,  2ème président de l'Indépendance après Modibo Keïta, en place depuis 1968, faisait  tirer sur une manifestation d'étudiants, de femmes et de travailleurs, transformant cette journée en une tragédie sanglante dans l' Histoire du Mali. La population, lasse de la dictature et de la situation économique, manifestait depuis plusieurs mois pour le multipartisme et la liberté. Le 22 Mars, des dizaines de milliers de Maliens marchent vers le palais présidentiel. Soutenus par les blindés, les soldats tirent sur la foule. Bain de sang dans le fleuve Niger.

Le 26 Mars 1991, quatre jours plus tard, le dictateur est renversé par un coup d'état militaire, conduit par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré, l'actuel président déchu. Celui-ci instaure un régime de transition jusqu' à des élections démocratiques : en Avril, le 3ème président du Mali est élu : Alpha Oumar Konaré. Au pouvoir pendant 10 ans, il est remplacé en 2002 par Amadou Toumani Touré, dit "ATT", qui revient aux commandes, démocratiquement élu.

Après 10 ans de pouvoir à son tour, ATT avait décidé de laisser la place et de ne pas se représenter.

Le putsch n'a pas attendu la fin, imminente, de son mandat pour le renverser.

 

Le 22 mars 2012 : le coup d'état est conduit par le capitaine Amadou Sanogou. Il dissout toutes les institutions. Il annule les prochaines élections.

Le 26 mars 2012 : ATT a "disparu", personne ne sait exactement où il se trouve ni n'a pu le joindre. C'est la confusion et l'incertitude au Mali.

 

-14 personnalités du régime déchu ( premier ministre, ex-premier ministre, ministre des affaires étrangères, ministre de l'Intérieur et des collectivités locales....) sont prisonniers au camp militaire de Kati, à une quinzaine de kilomètres de Bamako. Ils ont entamé une grève de la faim.

- La junte s'est constituée en CNRDRE,  Comité National pour le Redressement de la Démocratie et le Restauration de l'Etat.

- Elle a instauré le couvre-feu et fait fermer toutes les frontières. (...pour éviter le départ à l'étranger d'ATT ?) Seuls passent des camions de carburants et quelques diplomates ou négociateurs. Aux frontières, douaniers et policiers ont l'air de se méfier les uns des autres, tout est bloqué, les Maliens ou voyageurs obligés de traverser le pays pour rentrer chez eux sont retenus, toutes les importations et exportations sont arrêtées. La France plaide pour une réouverture des frontières aux  avions humanitaires.

- Après les pillages commis aux premières heures du putsch, le calme est à peu près revenu à Bamako, le travail devrait reprendre ce mardi, 27 mars.

- La communauté internationale a rapidement condamné le putsch, aussi bien l'ONU et le HCR (Haut Commissariat pour les Réfugiés) que l'Union Africaine et la CEDEAO (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest, président Alassane Ouattara), demandant le rétablissement des institutions et la poursuite du processus électoral.

- Une déstabilisation du Mali ne peut que favoriser l'avancée de la rebellion touareg dans le pays et le déploiement des mouvances terroristes dans toute la sous-région ( AQMI depuis le Nord et BOKO HARAM depuis le Nigéria ) : une réunion extraordinaire des chefs d'Etats d'Afrique de l'Ouest, décidés à faire respecter la démocratie, pourrait décider d'une intervention militaire des pays voisins.Ce sera sans doute l'une des premières urgences du nouveau président du Sénégal, Macky Sall, élu hier dimanche 25 Mars, contre Abdoulaye Wade, au pouvoir depuis 2000.

- Un front anti-putschiste s'est créé ce dimanche 25 mars, rassemblant 38 partis et une vingtaine d'associations de la société civile, le FSDR (Front de Sauvegarde de la Démocratie et de la République ). Son bureau de 25 personnes a rédigé des propositions de discussion avec la junte.

- Les avis semblent partagés sur les motivations de la junte. D' un côté, ceux qui comprennent la lassitude et la révolte des soldats devant les manques de moyens de l'armée dans la lutte contre la rebellion. D'un autre, ceux qui considèrent que cet argument n'est qu'un prétexte à régler des rivalités internes.

- Un seul parti, l' ancien SADI ( Solidarité Africaine pour la Démocratie et l'Indépendance, le seul véritable parti d'opposition à ATT, 3 députés sur 147 à l'Assemblée)  ) soutient les mutins. Il est devenu le MP 22 (Mouvement populaire du 22 Mars).

- Pendant ce temps, la rebellion touareg  encercle Kidal, la plus importante ville au nord de Tombouctou. Si Kidal tombe, ce sera "un véritable coup de tonnerre" pour le Mali.

- Ansar Dine, branche islamiste de la rebellion, veut instaurer la charia (loi islamiste) dans toute cette région.

 

Synthèse rédigée à partir des sites du Monde, Maliweb et RFI.

 

 

 

 

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Samedi 17 mars 2012 6 17 /03 /Mars /2012 18:24

17 Janvier -17 Mars : voilà deux mois qu' une guerre non dite est déclarée au Nord Mali, dont la presse se fait relativement peu l'écho, sauf par à-coups, quand les événements sont trop graves. Attaques, massacres, déplacements de population, un engrenage de la violence dont tout est à redouter.

  images

Quelques mots et quelques sigles pour comprendre :

 

MNLA : Mouvement National de Libération de l'Azawad. De création récente (automne 2011), le MNLA est le mouvement armé de la rebellion touareg, qui revendique l'Indépendance du Nord Mali, soit les 2/3 du territoire, une superficie plus grande que la France. L' armement et les soldats du MNLA  proviennent en grande partie de l'ex-Lybie de Mouammar Khadafi, même si ce n'est pas aussi simple ni uniquement cela.

 

Azawad : signifie en touareg "mon territoire". L'Azawad couvre la partie malienne du territoire saharien, jouxtant la Mauritanie, l' Algérie et le Niger. L'Azawad comprend les zones de Kidal, Gao et Tombouctou. Encore plus au sud, de l'autre côté du fleuve Niger, la rebellion a même déjà infiltré une partie du pays dogon, avec des activistes jusqu'à Hombori ou vers les villages de la falaise de Bandiagara.

 

La rebellion touareg :  elle a commencé dès les années 60, après l'Indépendance du Mali. Pour les Touaregs, nomades et caravaniers du désert, les frontières nationales issues de la colonisation n' ont jamais vraiment rien représenté.  Par ailleurs, historiquement, les Touaregs, blancs, se sont souvent comportés en seigneurs, vis à vis des Noirs, il y a de vieux antagonismes. Si certains Touaregs ont  embrassé l'identité malienne et intégré l'unité nationale, d'autres ne s'y sont jamais résolus, éprouvant le sentiment tragique de voir leur peuple disparaître. Le Nord a aussi été relativement laissé pour compte. La rebellion a connu une période exacerbée dans les années 90. Moyennant des compromis et aussi dans les derniers temps pas mal d'argent, le gouvernement malien a voulu acheter la paix.

 

ATT : Amadou Toumani Touré. Il est l'actuel président de la République du Mali, en fin de son deuxième mandat. Il ne se représentera pas aux élections prévues les 29 Avril ( 1er tour) et 13 Mai ( 2ème tour). Il est aujourd'hui très contesté pour avoir laissé pourrir la situation au Nord Mali, et pour son manque de fermeté dans sa politique à l'égard d'AQMI.

 

AQMI : Al Quaïda au Maghreb islamique. Même si les objectifs d'AQMI et ceux du MNLA n'ont pas grand chose en commun, des liens existent entre les deux mouvances, de nombreux jeunes Touaregs ayant rejoint AQMI (souvent la seule alternative à la pauvreté). AQMI est lucratif, taxant la sécurisation du territoire pour le passage des armes ou le trafic de drogue et marchandant les otages. Moins combattu qu'en Mauritanie, en Algérie ou au Niger, AQMI a installé ses quartiers arrière dans l'Adrar des Ifoghas, massif montagneux au nord de Kidal. Mais en réalité, il a confisqué le Sahara, de la Mauritanie jusqu'au Tchad.

 

Camps de réfugiés : tout conflit armé engendre des déplacements de population. En deux mois, près de 120 000 maliens ont fui la région Nord, vers la Mauritanie, le Niger, ou le Burkina Faso. Parmi eux, les civils touaregs sont les plus nombreux, certains sont même déjà victimes d' exactions nationalistes dans la capitale, Bamako.

 

Malgré cette situation très difficile, la mission Ensemble de cette année ( voir 2011  Une mission au Mali, images, impressions, témoignage....)  a été conduite et a pu se rendre dans nos villages. Nous en rendrons compte prochainement.

 

Pour en savoir plus,  nous vous invitons à consulter le site du Monde ( en particulier l'article du 14 janvier ) link 

ainsi que le site malien Maliweb link

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