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6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 10:32

La lutte contre le moustique ( vecteur de la maladie )

Les moustiquaires imprégnées d’insecticide

Les moustiquaires imprégnées d’insecticides (MII) sont jusqu’à aujourd’hui le produit de lutte préventive le plus efficace pour protéger localement une population. Elles permettent de réduire les contacts entre le moustique vecteur et l’homme, à la fois grâce à l’obstacle matériel qu’elles constituent et grâce à l’effet insecticide. L’accès général à la moustiquaire imprégnée et son utilisation répandue dans une communauté permettent de tuer un grand nombre de moustiques, offrant ainsi une meilleure protection de la population.

Il faut noter que l’efficacité des moustiquaires couvre les heures du sommeil de nuit uniquement mais que la population reste vulnérable dès la nuit tombée, c'est-à-dire, sous ces latitudes, dès 18h.

En 2019, environ 46 % de la population exposée au risque de paludisme en Afrique était protégée par des moustiquaires imprégnées, contre 2 % en 2000. C’est un progrès considérable. Toutefois, depuis 2016, la couverture par les moustiquaires n’a augmenté que marginalement.

Aujourd'hui la résistance aux insecticides des anophèles vecteurs a rendu caduques les premières générations de moustiquaires imprégnées. Pour lutter contre l’érosion des outils de lutte, les laboratoires doivent constamment s’adapter aux mutations du moustique et modifier la composition des insecticides.

 "Tirer un trai sur le paludisme", volet 2 : des armes préventives et thérapeutiques qui doivent évoluer sans arrêt !

La  lutte contre le plasmodium (parasite installé dans l'organisme)

Les médicaments antipaludiques
En dehors de la chimio-prophylaxie des « voyageurs », qui repose sur des molécules qui ne peuvent pas être prises au- delà de quelques mois, la chimio-prophylaxie locale des populations à risque vise à surtout prévenir les formes graves au coup par coup. Les médicaments ACT, à base d’artémisinine, développés depuis 2020, ont jusqu’à présent fait leurs preuves.
L'artémisinine est le principe actif majeur de l'artémisia annua, une plante, connue depuis des siècles par la médecine chinoise, découverte de la chercheuse chinoise Tu YouYou, qui a reçu pour cela en 2015 le Prix Nobel de Médecine. Ce sont des molécules de synthèse, fabriquées en laboratoire,  qui rentrent dans la composition des médicaments.
Ces médicaments ACT reposent le plus souvent sur des polythérapies pour éviter l’apparition de formes résistantes.
A cette médication se combine la règle du « test, treat and track », qui, avec la pandémie de Covid-19 nous est devenue familière,sous la forme « tester, traiter , tracer», mais qui en Afrique n’est pas une nouveauté.

Depuis 2012, l’OMS recommande la vaccination saisonnière des jeunes enfants pour le Sahel. Cette vaccination, à la saison des pluies, a été particulièrement initiée et développée au Mali par le professeur Ogobara Doumbo, à Bamako. Il a ainsi obtenu une éradication presque totale dans les zones-témoin, où la vaccination des enfants en milieu rural fait parallèlement l’objet d’un suivi et d’un accompagnement des familles par des agents de santé spécifiquement formés.

La recherche d’un vaccin

Depuis Edward Jenner (1796, vaccin contre la variole) et Louis Pasteur (1882, vaccin contre la rage), les pionniers de la vaccination moderne, la recherche scientifique a réussi en 200 ans à créer des vaccins contre une trentaine de maladies infectieuses graves.

Des maladies bactériennes ou des maladies virales ont pu être éradiquées presque totalement.

La période que nous vivons vient de montrer que dans l’urgence de la pleine pandémie, les chercheurs du monde entier ont été capables, en moins d’un an, de mettre au point des vaccins anti Covid.

Alors pourquoi cette difficulté à trouver un vaccin anti palu ?

Les laboratoires n’ont encore jamais réussi à développer un vaccin contre une maladie parasitaire, même si ces recherches sont développées depuis des années, car les parasites ont un cycle de développement très complexe, avec des mécanismes de contournement des défenses immunitaires, et des mutations constantes.

Le parasite du palu, en particulier celui d’Afrique, présente une variabilité génétique spécialement élevée.

Le Mosquirix : campagne de vaccination OMS,2018-2020:

En 2016, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait que le vaccin connu sous le nom de Mosquirix,« RTS,S/AS01 », développé par l’ONG Path et le laboratoire GlaxoSmithKline  ferait l’objet d’une étude à large échelle à partir de 2018 au Kenya, au Ghana et au Malawi. Plus de 350 000 enfants devaient ainsi être vaccinés d’ici à 2020.

Le bilan 2020 a été énoncé par Mme Moati, déléguée générale Afrique de l'OMS, dans son allocution d’avril :« Nous nous réjouissons des résultats qui émergent du déploiement à titre expérimental du vaccin antipaludique RTS,S. En 18 mois, le Ghana, le Kenya et le Malawi ont été en mesure de délivrer plus de 1,7 million de doses de ce vaccin, soit un niveau de couverture démographique comparable à celui des autres vaccins. Il s’agit là d’un outil prometteur supplémentaire dans la prévention du paludisme. »

Mais si le « RTS,S » est bel et bien le vaccin le plus avancé contre le parasite Plasmodium falciparum, son efficacité n’est que partielle. Il ne sera peut-être pas la clé de l’éradication, mais un outil complémentaire dans l’arsenal antipaludique.

 « Au début de son histoire, dans les années 1980, ce vaccin a suscité de vifs espoirs disait en 2018 le professeur Robert Ménard, directeur de recherche à l’Unité de biologie et génétique du paludisme de l’Institut Pasteur, à Paris. Puis on a découvert beaucoup de choses sur la complexité du parasite et on a alors compris que le chemin serait très long. » Sciences et Avenir, 24 avril 2017.

Dans son livre Géopolitique du moustique –une de ses enquêtes récentes sur la mondialisation, Erik Orsenna explique les choses très bien. Il décrit le travail phénoménal des équipes de chercheurs, en particulier à l’Institut Pasteur de Dakar, en expliquant qu’un des éléments de la grande difficulté, est que le plasmodium ne garde pas la mémoire génétique du vaccin. Or le propre de la vaccination est justement de fournir à l’organisme de quoi « reconnaître » l’ennemi à abattre….

 "Tirer un trai sur le paludisme", volet 2 : des armes préventives et thérapeutiques qui doivent évoluer sans arrêt !

En chemin vers un vaccin solidaire

Un vaccin « altruiste » est également en cours de développement au Mali, en partenariat avec le National Institute of Allergy and Infectious Diseases, aux Etats-Unis. « Les personnes vaccinées produisent des anticorps qui seront ingérés par les moustiques au moment de la piqûre et qui bloqueront le développement du Plasmodium. L’objectif est de stopper la transmission du parasite », expliquait le professeur Doumbo, ( décédé en Juin 2018 ) qui soulignait : les premiers résultats montrent une efficacité au-delà de celle attendue ».

Un vaccin solidaire, où l’on se vaccine non pas pour se protéger soi-même mais pour protéger la communauté, c’est peut-être aussi par là que passera l’éradication du paludisme.

 

Actualité en Afrique subsaharienne : « Le carambolage » paludisme /Covid 19:

La lutte contre le paludisme est depuis une année menacée, voire éclipsée, particulièrement en Afrique, par la pandémie du Covid-19 : pénurie de tests palu , parce que tous les laboratoires ont été réorientés vers les tests Covid, baisse dans la distribution des moustiquaires imprégnées, parce que les règles sanitaires ont interdit les files d’attente, incertitude ou manque de diagnostics, parce que plusieurs symptômes sont communs aux deux maladies.

Le paludisme n’est pas la seule maladie à en pâtir, d’autres couvertures vaccinales en pâtissent également, polio ou rougeole, par exemple…

On comprend que c’est bien tout un arsenal préventif et thérapeutique qui doit se déployer pour lutter contre le plasmodium. C’est probablement la conjugaison de tous ces efforts dans le monde ainsi que la ténacité dans la durée, qui, à l’horizon 2030, si les financements nécessaires sont assurés, réussiront à tirer un trait sur le paludisme.

 

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